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Prochaine conférence aura le lieu le samedi 6 décembre  2025  à la salle saint Antoine à 15h30 

Saint-Gilles, histoire d’un quartier étampois (XIIe-XXe siècle)

par Jean-Pierrre Durand

Et toujours des nouvelles du Tacot

Dernière mise à jour: Novembre 2025

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Le village, la rue et l’habitat

Le plan cadastral de 1831, est le premier document qui donne une vue d’ensemble d’un village qui a moins de 200 habitants. Trente-neuf feux à la fin du XVIIIe siècle. La structure est assez simple. Une rue principale, bordée par des maisons et quelques grosses fermes. Des mares aux extrémités de la rue, un puits public au milieu. L’église, avec le cimetière et une place plantée d’ormes depuis le XVIIe siècle. L’église est desservie par un curé titulaire, en cas de vacance, c’est celui de la paroisse voisine de Brouy qui assure les offices.

 

cadastre blandy

 
L’église est le centre de la vie publique du village, c’est à sa porte qu’on affiche et publie tous les textes, règlements officiels et décisions de justice. C’est sur la place, ou sous les ormes du cimetière, que l’on se réuni pour discuter des affaires courantes. Le bâtiment n’est pas en bon état. En 1740, on fait appel à « Messieurs de Saint Gatien de Tours, gros décimateurs de Blandy » pour faire des réparations.  Ils ouvrent leur bourse jusqu’à concurrence de 1200 livres, ce qui permet de « rétablir la partie du chœur de l’église qui comprend depuis les vitraux du sanctuaire et le pignon de derrière qui était autrefois en bois de charpente et tombait par vétusté » (2). Les travaux durent une année, de la fête des apôtres Pierre et Paul, jusqu’à la Saint-Maurice, patron de la paroisse. On répare aussi la sacristie aux frais de la fabrique pour 400 livres. Un sacrifice financier auquel les marguillers et les habitants ont consenti.

 église Blandy bis

   Carte postale de 1910, Coll ADE.
 Les lieux ont probablement peu changé. Des travaux datant de 1806 ont consolidé le presbytère. L’église reste en mauvais état si on donne crédit au texte de la carte qui dit que la charpente du clocher est bonne à ranger au musée des antiquités !

 La gestion de l’eau : un souci permanent

En septembre 1743, le procureur fiscal est inquiet, il écrit au bailli  « qu’il n’y a dans la paroisse qu’un seul puits d’une profondeur de 36 toises (voir plan ci-dessus) et que les mares sont actuellement taries [...] cette considération jointe à la sècheresse extraordinaire que nous connaissons depuis plus de deux mois doit être porté à votre attention ». La grande crainte de l’administrateur, c’est l’incendie, à un moment où l’on vient de terminer la moisson. Alors, comme toujours, pour prévenir le risque, il demande au juge une ordonnance de police qui sera affichée sur la porte de l’église :
 « Nous enjoignons à tous les habitants de la paroisse de Blandy d’avoir chez eux et dans leur cour, savoir les manouvriers un quart, les laboureurs d’une charrue, un poinçon et les autres propriétaires à raison d’un poinçon par charrue qu’ils tiendront exactement et régulièrement rempli d’eau ».  On remarquera que la « corvée d’eau » est calquée sur celle de l’assiette fiscale.
Une vingtaine d’année plus tard, à la même saison (septembre 1765) le problème demeure :
« il n’y a qu’un puits dont on se sert journellement ce qui est fort à charge aux habitants [...] qui à peine suffit pour fournir l’eau nécessaire aux habitants et aux bestiaux, qu’il a été reconnu depuis quelques temps qu’il y avait un second puits [...] dans un carrefour au bout du village du côté d’Etampes qui est comblé, qu’il serait nécessaire de faire décombler pour être en état de tirer de l’eau ». Espoir vite déçu. Pour creuser un puit, il faut une autorisation et un financement. Le juge Barbier et le procureur fiscal Charpentier, d’un commun accord constatent : «  comme il n’est point dans notre pouvoir d’ordonner la décomble [...] et la dépense nécessaire pour y puiser de l’eau et encore moins d’ordonner une imposition sur les habitants pour frayer un déboursé de l’ouvrage [Ils] se pourvoiront devant l’intendant de la généralité d’Orléans pour obtenir de lui la permission de décombler ledit puits [...]  et pour obtenir l’imposition du coût de l’ouvrage sur les habitants... ». L’affaire en resta là. Sur le cadastre de 1831, il n’y a toujours qu’un puits public, même s’il est probable que quelques laboureurs ou propriétaires aient fait creuser des puits privés dans leurs fermes. Pendant longtemps encore, le procureur fiscal essaye de prévenir le manque d’eau par des règlement de police : « Enjoignons tous les laboureurs et habitants ayant des bestiaux de travailler à curer la mare et ceux ayant des voitures à fournir des tombereaux chevaux et domestiques, ceux qui n’ont pas de voiture, donner les journées nécessaires de leur temps pour faire le curage et charger les tombereaux ».

 forage Brouy

                Carte postale, 1910, coll. ADE
 Cette photo montre les opérations de forage et de pompage pour creuser un puits dans la commune voisine de Brouy. Des travaux identiques sont conduits à Blandy par la même entreprise. La recherche d’eau et l’absence de bois de chauffage sont les contraintes majeures de cette partie de la Beauce.

Que faire à Blandy, les dimanches et jour de fêtes ?

 « Tous les ans le premier dimanche de carême, la majeure partie des habitants de cette paroisse et leurs enfants vont faire du feu et des brandons après le soleil coucher dans les champs, avec de la paille et du chaume qu’ils allument au bout d’une perche, ce qui est notamment arrivé le dimanche seize février dernier [...] à plus de huit heures du soir, les enfants s’étant assemblés au bout du village, du côté d’Etampes sur une place au carrefour où il y avait un gros orme creux dans le tronc, ces enfants ayant ramassé autour de cet orme de la paille et du chaume qu’ils ont allumé  [...] et l’a brulé, ce qui aurait occasionné un incendie dans le village si tous les habitants de la paroisse n’y avaient apporté un prompt secours ». Le procureur Charpentier demande l’interdiction de cette fête traditionnelle et menace les contrevenants de 100 livres d’amende !
 Et pour faire bonne mesure le juge rappelle qu’il est aussi interdit, les dimanches et jours de fête, de s’assembler sur les places publiques pour tenir des danses et y jouer « surtout pendant le service divin ».
 Le procureur fiscal récrimine, à de nombreuses reprises, contre les « abus intolérables qui se glissent dans cette paroisse ». Il invoque les lois, arrêts et ordonnances qui interdisent aux cabaretiers de donner à boire et à manger pendant les heures du service divin aux gens du lieu, ni de les accueillir l’hiver après 8 heures du soir et l’été après 10 heures. Dans la coutume, les auberges ne sont là que pour offrir le gîte et le couvert aux voyageurs. Le rappel constant de ces ordonnances de 1560, 1673 et 1698, montre bien que cette règle n’est jamais respectée.
Qu’importe, le procureur fiscal, procède à des visites régulières du cabaret de Blandy pour sévir. En 1778, le procureur Boudon surprend plusieurs personnes dans le grenier du cabaret, à neuf heures du soir, qui jouaient aux cartes sur une table éclairée par un chandelle. Circonstance aggravante, il y a dans le grenier des grains en gerbes auxquelles la chandelle aurait pu « causer un embrasement général ». Le cabaretier qui était au moment de la visite descendu à la cave pour tirer du vin écope d’une amende de 20 livres.
  Il faut croire que la condamnation n’a pas eu de vertu dissuasive, l’année suivante, le jour de la Notre-Dame, à l’heure des vêpres, Boudon surprend trois individus à boire au cabaret, deux sont des villageois, le troisième est un terrassier d’une paroisse voisine. Ce dernier se met en colère, insulte l’administrateur, le secoue et le prend à la gorge. Le cabaretier et les autres regardent sans intervenir. Furieux et vexé, Boudon porte plainte et obtient une amende de 100 livres contre le terrassier, mais comme il n’a pas été identifié, ça reste symbolique ! Les autres sont condamnés à 3 livres pour leur passivité.
Pour ne pas perdre la face Boudon fait afficher un nouveau règlement de police en deux articles :
Article 1
« Défense auxdits cabaretiers de donner à danser ou jouer ni souffrir que l’on danse ou joue chez eux aux dés aux cartes, jeux de clefs ou d’esses ni à autre jeux quelconques par qui que ce soit, quand même ils ne joueraient pas d’argent et que ce soit sous prétexte de payer la dépense faite en leurs maisons et cabarets »
 Article 2
 « Tenir un registre à faire parapher par le procureur fiscal ou sont inscrits, jour pour jour et de suite, sans aucun blanc, les noms, surnoms, pays qualité et profession de ceux auxquels ils donneront à loger dans leur maison plus d’une nuit, et dans le cas où ils tomberaient malades et que la maladie serait suivie de la mort, leur enjoignons de nous en avertir » Pour dresser un procès-verbal. 
 Ce délire réglementaire ou chaque article commence par « Faisons défense de... » nous permet d’entrevoir les loisirs et les usages locaux des villageois comme le jet de pétards et les tirs de mousquetons à la porte de l’église lors des mariages ou des baptêmes. Une interdiction bien précautionneuse dans une paroisse qui ne renferme que 34 feux et qui ne connait, si l’on en croit le registre paroissial, rarement plus de deux mariages par an et moins d’une demi-douzaine de baptêmes. La grande majorité des conjoints viennent des villages voisins, Brouy, Mainvilliers, Rouvres ou Mespuits. Aller chercher une alliance matrimoniale jusqu’à Angerville ou Méréville est beaucoup plus rare, Orléans ou Etampes relèvent de l’exception.
Sont aussi interdits tous les jeux d’adresse, tant dans les lieux privés que publics. Le jeu d’esses qui consiste à lancer une esse sur des piquets fichés sur une planche fait l’objet d’une répression générale dans toute la région, comme le jet de bâton sur des quilles. Les colporteurs qui parcourent les villages proposent parfois des jeux de hasard, comme la « blanque » : une loterie où l’on perd quand on tire un papier blanc. Ils risquent la saisie de leurs marchandises et équipage.

Contrôle du bâti et règles d’édilité

Interdiction de faire construire, murs, pans, jambages et saillies sans autorisation sur les rues et places publiques. Interdiction de faire passer des poutres ou des solives dans les cheminées et de faire bâtir des maisons avec saillies, interdiction d’embarrasser la voie publique.
Ordre de tenir en état leurs cheminées et de les faire nettoyer tous les ans ainsi que les fours à faire cuire le pain pour prévenir les incendies. Interdiction de mettre les chaumes dans la rue en tas ou en mulons le long des murs de leurs habitations, mais de les mettre dans leurs ouches. Défense de faire brûler dans les rues de  paille des feuilles ou tout autres combustibles. Défense de battre leurs grains la nuit à la chandelle dans leurs granges où d’aller dans les greniers avec une chandelle allumée sans lanterne.

Contrôle des pratiques rurales

Ces interdictions sont révélatrices de la lutte incessante que se livrent le procureur fiscal chargé d’administrer et de protéger les droits seigneuriaux et les habitants de Blandy qui cherchent à grappiller quelques avantages ou revenus supplémentaires. Les enfants, les domestiques ou les bergers sont particulièrement surveillés car on les accuse de conduire les vaches et les troupeaux dans les champs ensemencés, d’endommager les cultures en allant de cueillir de l’herbe : « jusqu’au temps où les grains montent en tuyaux ».
Toute forme de chasse est réprimée sur le territoire de la paroisse. Le texte de l’interdit est à lui seul un véritable catalogue des techniques de braconnage qui mérite la lecture (nous avons mis entre crochets le sens de quelques termes anciens ou peu courants)
 « Défense dans cette paroisse, d’élever et de prendre dans les champs, et en quelques endroit que ce soit [...] aucun œuf de perdrix cailles ou autre gibier ni d’ouvrir ou ruiner des [...] rabouillères [terrier des garennes] ».
« Faisons pareillement défense à tous bergers et artisans et autres personnes quelconques d’étendre [...] ni de garder tenir et avoir dans leurs maisons aucun lacs [nœud coulant] tirasses [filet à oiseaux], panneaux, filet, collets, bricoles de corde crin ou fil de latton et d’arechal [fils de laiton], halliers [buissons de ronces] de filons de soie, ni aucun autre instrument propre à prendre du gibier ni d’en fabriquer. Défense aux bergers de laisser leurs chiens courir après le gibier. »
« Défense de glaner pendant la moisson, de glaner avant le soleil levé et après le soleil couché »
« Défense de ramasser les chaumes avant le neuf septembre de chaque année, et avant soleil levé et après soleil couché. »
Le glanage pendant le temps de moisson est toléré pour les indigents et les invalides, mais ceux qui s’y livrent alors qu’ils sont en état de travailler sont pourchassés et enjoints à moissonner pour gagner leur vie. Les bras du village ne suffisent pas toujours aux grands travaux, le recours à des moissonneurs extérieurs travaillant en équipe est nécessaire. Une partie d’entre eux sont des limousins travailleurs temporaires ou installés dans la région. 

 

Le temps de la moisson et des jours qui suivent relèvent d’une codification précise

 Le dimanche qui précède la moisson tous les laboureurs et habitants de la paroisse doivent s’assembler à la porte de l’église pour convenir du jour où on commencera à entrer en moisson et à scier les blés, avec interdiction d’anticiper cette décision. Pour éviter les conflits  qui  pourraient naître entre fermiers et propriétaires de deux parcelles voisines on applique la coutume du partage de la raie contiguë : « Nous ordonnons qu’à l’avenir les laboureurs fermiers et habitants qui feront couper les premiers leurs grains, ne pourront faire couper que la moitié du grain qui se trouvera dans les rayes faisant séparation de leurs pièces de terre d’avec celles contiguës et joignantes, le grain contenu dans cette raye étant réputé appartenir par moitié à l’un et à l’autre des pièces de terre qui se joignent ».
 Le temps des conflits vient surtout après la moisson, lorsque l’on parle de glanage et de droit de chaume. Blandy n’est qu’un exemple, parmi tous les autres, des tensions qui existent alors :
« Défense aux laboureurs et habitants d’envoyer leurs troupeaux et bestiaux dans les champs nouvellement récoltés, sinon vingt-quatre heures après l’enlèvement des grains. »
« Défense de glaner pendant la moisson, de glaner avant le soleil levé et après le soleil couché »
« Défense de ramasser les chaumes avant le neuf septembre de chaque année, et avant soleil levé et après soleil couché. »
Le glanage pendant le temps de moisson est toléré pour les indigents et les invalides, mais ceux qui s’y livrent alors qu’ils sont en état de travailler sont pourchassés et enjoints à moissonner pour gagner leur vie. Les bras du village ne suffisent pas toujours aux grands travaux, le recours à des moissonneurs extérieurs travaillant en équipe est nécessaire. Une partie d’entre eux sont des limousins travailleurs temporaires ou installés dans la région.
 En septembre 1778, 15 personnes du village sont convoquées pour répondre d’infraction aux règles du glanage et du ramassage des chaumes.  Seuls trois viennent à l’audience :  une veuve, un berger et un manouvrier. Ils sont condamnés à 20 livres d’amende et confiscation du chaume qu’ils ont ramassé après 8 heures du soir. Les autres se moquent de la condamnation. 
L’année suivante, mêmes infractions répétées, cette fois c’est Maître Adrien Langlet, le curé du village qui est condamné à 6 livres d’amende pour avoir envoyé un manouvrier chaumer sur ses terres une semsemaine avant la date fixée. Ce prêtre pourtant respecté et apprécié dans sa paroisse et dans les environs, n’échappe pas au courroux du procureur fiscal. 
 Quand il décède, le 31 décembre 1785, tous les curés des villages voisins viennent assister à ses obsèques et signent le registre paroissial: Mainvilliers, Audeville, Intiville la Guétard, Sermaise, Rouvres, Fontenay, Brouy, Césarville, Dossainville, Boisherpin, Roinvilliers, Orveau Belle-Sauve. Toute une portion de Beauce, aux caractéristique semblables participe au deuil.
décès du curé cadré
A la suite de ce décès la cure reste vacante, un desservant assure les offices. En 1789, le curé Freminet, qui fait aussi fonction de maitre des petites écoles, prend le relais. A Blandy, la présence continue d’un maître d’école est attestée depuis le début du XVIIe siècle, qu’il soit laïc ou prêtre.
La question du chaume est vitale dans cette partie de la Beauce, sa collecte conditionne une partie le bien-être des habitants. Dans une région où le bois de chauffage est très rare, voire totalement absent, le chaume est le principal combustible, bottelé très serré et rangé le long des murs. Il sert aussi à la couverture des tois de la majeure partie du village et sert aussi au fourrage et au fumage des terres. En septembre et en octobre, avec le battage des grains c’est la principale activité et la source de bien des tensions lorsqu’un propriétaire ou un seigneur veut s’y opposer.  
La désignation d’un garde-messier, chartgé de la police des grains de mai à la moisson est à Blandy l’occasion pour les villageois d’exprimer une sourde résistance aux prétentions du représentant du seigneur. Le receveur Largant qui porte plainte auprès du juge a un contentieux avec quelques habitants de Blandy qui l’on fait condamner pour avoir chevauché à « grande course » à travers des terres emblavées et des vignes. 

Blandy, mai 1788, un garde-messier pour quoi faire ?

Le receveur de la terre de Blandy, Georges Largant, prélève l’impôt pour le chapitre de la Sainte église métropolitaine de Tours. Il reçoit ses ordres du procureur fiscal, administrateur de la seigneurie, qui le charge de la levée et la rentrée du champart, l’impôt en nature : « à raison de six gerbes une de toutes espèces de grains qui croissent sur le territoire ». Un prélèvement très mal accepté par les paysans qui les prive de 18 % de la récolte et qui est « sur le champ » conduit : « dans la grange champarteresse ». Avant d’en arriver là, il faut veiller aux grains, et procéder à la nomination d’un garde-messier, à partir du 15 mai, comme l’exige la tradition et le règlement. La rémunération de ce « messiage » étant à la charge de la communauté. Cette obligation est aussi un rare moment de démocratie villageoise. Tous les habitants sont assemblés, à l’issue de la messe paroissiale. Leur choix se porte sur Jean Hutteau, un manouvrier qui avait rempli cette fonction l’année précédente, à raison de 9 deniers l’arpent. Georges Largant est furieux et pense que les laboureurs et fermiers se moquent de lui. Il s’en plaint auprès du bailli, car ils se sont assemblés : « non pour nommer et choisir un messier mais pour crier au rabais le messiage du territoire. Qu’un particulier très âgé, ayant la vue basse et hors d’état de vaquer à la l’exercice de la commission de messier attendu son grand âge [...] et entre autres que ce particulier ayant été messier l’année dernière, l’on avait été à l’herbe dans tous les grains sans distinction, jusqu’à la moisson sans qu’il en eu fait rapport » (3). Le procureur fiscal demande donc au juge d’annuler cette élection et de procéder à nomination du candidat qui avait ses faveurs, un certain Picard, qui réclamait une rétribution d’un sol par arpent. Les villageois l’avaient rejeté disant : « qu’il était très inutile de donner tant d’argent pour être gênés, qu’ils se passeraient bien de messier » (4). Et joignant le geste à la parole ils ont déserté l’assemblée.
Cette fronde des villageois de Blandy n’est pas seulement un épisode de plus dans les mauvais rapports qu’ils entretiennent avec le procureur fiscal, elle pointe le rôle ambigu du garde messier dont on pourrait croire qu’il sert l’intérêt général. Tous veillent à la conservation des grains, mais une surveillance tatillonne, avec obligation de rapporter dans les vingt-quatre heures toutes les infractions, va à l’encontre des usages comme faire de l’herbe, mener les oies ou les bêtes dans les fossés quitte à s’approcher un peu trop près des grains. Une tolérance importante pour les manouvriers et ceux qui n’ont quelques quartiers de terre à faire valoir. Une tolérance exclusive et communautaire qui arrange les habitants de Blandy qui sont les premiers à protester auprès du bailli quand les gens du village voisin de Brouy s’autorisent à venir sur leur territoire ! Le messier c’est aussi le symbole de l’autorité seigneuriale, Georges Largant ne s’y trompe pas quand il écrit à Monsieur le bailli : « l’exploitation de la recette de Blandy ne consiste uniquement que dans la perception de la sixième gerbe de toutes espèces de grains que produit son territoire. Il y a donc un intérêt sensible à ce que tous les grains du territoire soient gardés et conservés et en outre l’intérêt public l’exige impérieusement et c’est le vœu de vos ordonnances et règlement » (5).
 La requête du procureur fiscal est acceptée par Louis Barbier, doyen des procureurs du tribunal d’Etampes qui fait office de bailli de Blandy et juge ordinaire. Une affiche est apposée à la porte de l’église paroissiale donnant l’ordre aux laboureurs et principaux habitants du lieu de s’assembler à l’issue de la messe de la fête Dieu, pour désigner Jean Picard comme messier. Maigre victoire de l’autorité, on sait ce qu’il advint de la moisson de 1788, ravagée par l’orage de grêle du 13 juillet, sans parler de l’orage social et politique à venir qui emportera les privilèges du doyen du chapitre de la sainte église métropolitaine de Tours.

Notes

(1) ADE B/209 Bailliage de Blandy, registres d’audience 1743-1788.
(2) Le registre paroissial est paraphé par le lieutenant général du bailliage d’Orléans jusqu’à la fin du XVIIe siècle, puis par le présidial de Sens, à partir de 1703, en 1709-1710 c’est l’élection de Pithiviers, puis le lieutenant général d’Etampes qui prend le relais. Puis Etampes à partir de 1730 (Gomberville)
Ce registre des b.m.s ne contient jamais plus de trois feuillets par année, soit une dizaine d’actes par an. (9 en 1705, 13 en 1706, 13 en 1707, 8 en 1708)
(3) (4) (5) Bailliage de Blandy, pièces de procédure criminelles, plainte du 22 mai 1788, ADE B/209.
 

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